Un euro plus faible pour une économie plus prospère

Une politique de change active, voire même agressive, de l’euro est nécessaire pour que l’Europe retrouve la croissance.

La consommation est en berne, en croissance de seulement zéro à moins de 1 %. L’évolution de l’investissement est plus proche de – 5 % que de zéro. Les exportations stagnent. L’épargne de précaution tend à augmenter. C’est le calme plat, et cela peut durer longtemps : il n’y a à l’horizon aucun moteur pour réenclencher la croissance. C’est la situation de la France, et généralement celle de l’Europe.

Par ailleurs, l’euro qui, au cours des dernières années, a frôlé les 1,40 dollar, est aujourd’hui aux alentours de 1,30. Cela ressemble certes à un exploit bienvenu, mais n’oublions pas que la parité de pouvoir d’achat avec le dollar se situe aux alentours de 1,18 dollar. Un euro surévalué semble normal pour nos responsables européens, pour la plupart des économistes et pour presque la totalité de la population. Cette indifférence est-elle normale ?

INTOXICATION BIEN ORCHESTRÉE

La livre sterling, à propos de laquelle les Anglais crient à la surévaluation, était à plus de 1,50 euro avant la crise, un cours de 20 % supérieur à celui d’aujourd’hui… Attention à l’intoxication bien orchestrée. Les coûts de production du Royaume-Uni sont, à la parité de 1,25 euro, toujours de 20 % inférieurs aux coûts français. Le Japon pousse sa monnaie vers le bas, la Chine aussi.

Seule l’Europe n’a pas de politique de change au moment où elle en aurait le plus grand besoin. Même si le président de la Banque centrale européenne mène une politique de change qui ne porte pas son nom, elle reste insuffisante, quand bien même ses effets sont les bienvenus.

Par ailleurs, nous sommes entrés dans la deuxième phase de la mondialisation. Dans la première phase, les prix baissent, pas les salaires, même si, de 1992 à 2012, les salaires ont stagné en termes réels en Allemagne et ont progressé faiblement aux Etats-Unis. A l’opposé, les salaires ont progressé de 2 % par an et plus en Europe du Sud.

Dans la deuxième phase de la mondialisation, de plus en plus de secteurs économiques entrent en concurrence. La concurrence exercée sur l’outil productif européen a augmenté. La pression à la baisse ou à la stagnation sur les salaires européens s’est accentuée, et cela va durer longtemps.

L’objectif d’un euro à 1,20 dollar est nécessaire pour redonner à l’Europe du Sud de la compétitivité et une indispensable impulsion d’inflation importée. Ce gain de compétitivité internationale permettrait aussi d’augmenter les bas salaires, ce qui renforcerait encore la baisse de l’euro et accroîtrait la demande. Le coût de cette augmentation des salaires modérée ne pèserait pas sur la compétitivité de l’Europe, bien au contraire si cela est correctement orchestré. L’actuelle perspective d’une hausse des taux d’intérêt aux Etats-Unis est une opportunité inespérée sur laquelle nous devons surfer pour renforcer la baisse de l’euro.

POLITIQUE SUICIDAIRE

Beaucoup d’économistes et d’hommes politiques ont du mal à réaliser que le grand problème de l’Europe n’est plus l’inflation, mais une déflation durable. Les salaires stagnent, l’épargne augmente, la croissance de la demande est quasiment nulle, et les investissements tendent à baisser.

Il faut relancer l’exportation des pays du sud de l’Europe, France y comprise. En même temps, la demande intérieure doit être soutenue, grâce à un smic qui augmenterait de 1,5 % et 2,5 % selon les pays, en fonction de la compétitivité de chacun. Car la France ne peut bien évidemment pas augmenter seule son smic ; cette politique, menée depuis trente ans, est suicidaire. Les augmentations doivent être concertées et globales.

Il faut par ailleurs, en France, poursuivre la politique de l’offre et fixer la durée légale du travail entre trente-cinq et trente-neuf heures selon les accords de branche.

Il n’y a plus de moteur, il faut un catalyseur. La pompe d’une économie presque atone doit être réamorcée. Les plans d’austérité excessifs y sont pour beaucoup. L’austérité doit être réelle mais modérée, comme les Etats-Unis nous l’ont montré. Au moment de la crise, en 2009, les Etats Unis ont connu un déficit budgétaire de plus de 10 %, la France un déficit de plus de 7 %.

Aujourd’hui, le déficit des Etats-Unis est de 3 %, celui de la France de 4 %. S’il y avait besoin d’une démonstration, les faits sont cruellement là. La reprise nécessite une monnaie faible, une austérité mesurée mais effective, une politique de l’offre déterminée, avec une croissance modérée de tous les salaires réels européens, nécessaires pour constituer un filet de sécurité.

Didier Voydeville est économiste et directeur de la société de conseil en investissement Lt Strategic Advisor Limited, basée à Londres (Royaume-Uni).

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