Une gouvernance appropriée de la révolution technologique est nécessaire

Au cours des douze derniers mois, nous avons observé d’importants contrecoups sociaux et politiques témoignant d’un rejet de la mondialisation dans les économies développées. Le déclin industriel, la dégradation de l’emploi et l’absence de perspectives ont été des facteurs du vote contestataire. Beaucoup y voient un rejet du libéralisme, du libre-échange et de l’interdépendance croissante entre Etats. Mais les faits montrent que, plus que la mondialisation, ce sont les mutations technologiques qui ont un réel impact sur l’emploi.

Le monde d’aujourd’hui est un monde dans lequel la production, la mobilité, la communication, l’énergie et d’autres systèmes évoluent vite, perturbant tout sur leur passage, des formes d’emploi et des relations sociales à la stabilité géopolitique. Portée par une convergence entre technologies numériques, biologiques et physiques, la « quatrième révolution industrielle » bouleverse les marchés de l’emploi.

La rhétorique antimondialisation des populistes découle d’une erreur de diagnostic et leurs traitements sont voués à l’échec. Selon les économistes Michael Hicks et Srikant Devaraj, 86 % des suppressions d’emplois dans le secteur manufacturier aux Etats-Unis entre 1997 et 2007 étaient liées à des questions de productivité, contre 14 % à des questions commerciales.

Impact des technologies

Au Royaume-Uni, la part du secteur manufacturier dans l’économie a baissé, mais les industries à forte valeur ajoutée et les services transfrontaliers se sont fortement développés. La plupart des analyses montrent que, dans les années à venir, les technologies auront un impact de plus en plus grand sur les marchés du travail, car les avancées rapides dans le domaine de la robotique, des capteurs et de l’apprentissage automatique permettront au capital de remplacer la main-d’œuvre dans un nombre croissant d’emplois : les estimations varient, mais les experts se réfèrent souvent à l’étude de la Oxford Martin School (2013), selon laquelle 47 % des emplois aux Etats-Unis seraient menacés.

Selon l’OCDE, 80 % de la perte de revenu national issu du travail entre 1990 et 2007 serait liée aux nouvelles technologies. Lors d’une enquête menée par le Forum économique mondial sur lequel repose notre rapport sur les risques mondiaux 2017, les personnes sondées ont répondu que l’intelligence artificielle et la robotique étaient les technologies émergentes les plus dangereuses pour l’emploi dans la décennie à venir. La technologie a toujours créé et détruit des emplois, mais le moteur de création d’emplois technologiques semble aujourd’hui s’enrayer.

Besoin d’une gouvernance

Dans le même temps, à l’échelon mondial, plus de 4 milliards de personnes n’ont pas accès à Internet et plus de 1,2 milliard vivent sans électricité. Afin de peser sur la dynamique de la révolution technologique pour le bien du plus grand nombre et non d’une minorité, nous avons besoin d’une gouvernance judicieuse qui prendrait la forme de nouvelles lois, de nouvelles politiques d’entreprise et de nouveaux standards.

Les gouvernements peinent déjà à s’adapter aux perturbations dans les industries et le droit du travail, peut-on alors s’attendre à ce qu’ils créent des lois adéquates pour des machines capables de prendre des décisions, des appareils qui pourraient lire et influencer nos esprits, voire modifier les structures fondamentales de la nature ?

Si nous ne gouvernons pas la quatrième révolution industrielle de façon appropriée, son potentiel économique et social ne pourra jamais être plei­nement réalisé. Comme le soutient Gillian Hadfield, professeur de droit et d’économie à l’université de Californie du Sud, innover sur la façon d’élaborer de nouvelles règles est aussi important que d’élaborer ces règles. La gouvernance est une condition sine qua non du progrès économique et social. Les dirigeants de tous les secteurs d’activité de la société doivent coopérer pour créer des formes de gouvernance promptes à s’adapter à ce changement de paradigme, pour un futur inclusif, prospère et centré sur l’humain.

Klaus Schwab, président du Forum économique mondial qui se réunit à Davos du 17 au 20 janvier, vient de publier  La Quatrième Révolution industrielle (Dunod, 2017, 208 pages, 12,90 €).

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