Une nouvelle restructuration de la dette grecque est inacceptable

Après l’accord arraché difficilement entre l’Eurogroupe et la Grèce, qui offre au pays une prolongation de quatre mois du plan d’aide financière, la situation n’a pas fondamentalement progressé. Le pouvoir grec n’a pu que constater le caractère illusoire de ses promesses électorales et du bras de fer qu’il a souhaité engagé avec ses créanciers de la Troïka.

Mais ses engagements quant à d’indispensables réformes se font toujours attendre. Le ministre des finances, Yanis Varoufakis, poursuit sa campagne de lobbying en faveur d’un rééchelonnement de la dette grecque sans trop se préoccuper des efforts budgétaires à concéder en contrepartie.

Sans l’adoption des réformes attendues, préalable au versement par la « troïka » des 7,2 milliards d’euros de prêts gelés depuis septembre dernier, la Grèce voit se rapprocher le mur de la dette à grande vitesse. Les échéances de remboursement à court terme portent sur des tombées de dette d’un montant de 1,5 milliard d’euros, d’ici la fin du mois. D’autres tombées seront à honorer au début de l’été et c’est au total près de 15,5 milliards que le pays devra rembourser au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque centrale européenne (BCE) en 2015.

Un État trop longtemps complaisant vis-à-vis de la fraude fiscale et de l’activité souterraine

Le risque de banqueroute de l’Etat ne doit pas ouvrir la voie à un nouvel allégement des créances, aussi minime soit-il. L’idée d’une décote supplémentaire de la dette grecque serait une aberration, à plusieurs titres. Tout d’abord parce que l’effacement d’une partie de l’ardoise, semble bien illégitime au regard des dysfonctionnements flagrants de l’économie grecque. Ceux-ci sont à l’origine de l’endettement désastreux du pays. La plupart des institutions internationales et des économistes analysent le cas grec à partir d’indicateurs biaisés ̶ un ratio dette/PIB proche de 180 %, entre un PIB à 183 milliards d’euros et une dette évaluée à 320 milliards.

Et pour cause : la fraude fiscale et l’activité souterraine sont des maux somme toute banaux, mais dont les proportions extraordinaires sont préjudiciables à l’économie hellène. La principale responsabilité de l’Etat est tout simplement de ne pas s’être assuré de la bonne collecte (et de l’encaissement effectif) de l’impôt, une fonction pourtant régalienne.

Le gouvernement grec vient de reconnaître que le « trou » causé par ses difficultés à percevoir l’impôt, notamment auprès des entreprises, avoisinerait plusieurs milliards d’euros, tandis qu’au global, ce sont dix autres milliards en fraude fiscale qui échappent à l’Etat.

L’austérité n’a pas produit le ralentissement économique qui lui est prêté

Dans ces conditions, il est objectivement difficile de considérer la cure d’austérité budgétaire éprouvée par le pays, aussi rude ait-elle été, comme un « remède pire que le mal ». Après un véritable audit de la situation économique de la Grèce, c’est-à-dire au regard de données plus réalistes, nous constaterions probablement que l’austérité n’a pas produit le ralentissement que les détracteurs de la « troïka » lui prêtent (le taux de croissance effectif, économie parallèle incluse, est bien supérieur aux chiffres affichés). Encore inachevées, les réformes et mesures d’économie ont représenté une contrepartie indispensable au sauvetage du pays par l’Union européenne, la BCE et le FMI, et leur programme de refinancement.

N’oublions pas qu’en 2011, les créanciers du pays ont déjà fait l’amère expérience d’une restructuration de la dette. Une concession pour un succès absolument nul d’un point de vue économique, puisque cette opération n’a pas permis l’amélioration du solde grec : quatre ans après la décote de 60 % de la valeur de sa dette, le pays affiche exactement le même ratio d’endettement, dont la gravité est de toute façon surestimée.

Plutôt qu’un nouvel abandon, même partiel, des remboursements, il faut envisager un aménagement de l’échéancier en remplaçant certains emprunts actuels à taux « élevés » par des emprunts plus longs à taux moindre, et permettre ainsi au pays un refinancement plus soutenable. Alors que la reprise économique de la zone euro est conditionnée au retour de la confiance, un ressort psychologique majeur, la Grèce, en tant qu’émetteur obligataire souverain, ne doit avoir d’autre choix que d’honorer ses engagements vis-à-vis de ses partenaires européens !

Christian Jimenez est président de Diamant bleu gestion, président d’honneur de l’association française des gestionnaires d’actif passif (AFGAP), président de l’antenne française de l’Association internationale des professionnels du risk-management (PRMIA) et administrateur de l’Association française de finance (AFFI)

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