Une politique agricole européenne plus verte et plus juste ?

De nouvelles propositions, récemment dévoilées par la Commission européenne, cherchent à légitimer le maintien de transferts importants en direction des agriculteurs européens en les liants davantage à des pratiques respectueuses de l’environnement. Cependant, ces propositions sont inutilement coûteuses et maintiennent des politiques qui portent atteinte aux agriculteurs des pays en développement.

Selon les projets de la Commission, à partir de 2014 les paiements agricoles seront davantage liés aux objectifs environnementaux qui préoccupent les citoyens européens – comme lutter contre le changement climatique, une meilleure gestion des terres ou la préservation de la biodiversité.

Donner une plus grande priorité à encourager une agriculture plus viable au plan environnemental en Europe se fera au prix de la réduction de la production agricole, au moins dans un futur immédiat. Des propositions pour maintenir des pâturages permanents, diversifier les cultures et mettre en jachères des “domaines prioritaires” écologiques réduiront la production européenne de cultures arables, de porc et de volaille, notamment, en comparaison avec les niveaux de production en l’absence de ces contraintes.

Dans un récent article pour le Centre international pour le commerce et le développement durable, je démontre que les nouvelles mesures de greening – ou verdissement – auraient pour conséquence des prix plus élevés pour les consommateurs. Pour remettre ceci dans son contexte, cela représente une augmentation équivalente à plus de 2 % des 205 millions d’euros de coûts d’intrants perçus par les producteurs européens en 2009.

Bien que la Commission ait raison de chercher à améliorer la performance environnementale de l’agriculture européenne, les réformes suggérées ont de fortes chances de n’entraîner que de faibles bénéfices environnementaux, et ce pour un coût excessif. Exiger que tous les agriculteurs dans les 27 Etats membres suivent exactement les mêmes règles ne prend pas en compte le fait que les contraintes environnementales sont inégalement réparties et nécessitent ainsi un approche plus ciblée.

Selon les projets actuels, de nombreux paiements ne seraient que faiblement liés aux objectifs environnementaux – et dans la mesure où certaines subventions resteraient liées à la production, elles continueraient à être moins efficaces pour soutenir les revenus agricoles, tout en créant une concurrence injuste pour les agriculteurs dans d’autres pays, dont les pays en développement.

Les quelques réductions prévues dans les subventions pour le coton pour les producteurs grecs et espagnols pourraient provoquer une légère inflexion de la production européenne, mais ces paiements ayant un effet de distorsion des échanges continueront à porter préjudice aux agriculteurs d’Afrique de l’Ouest et d’autres pays en développement.

Le plan bienvenu pour éliminer les quotas de sucres mènera à une augmentation de la production européenne malgré des prix plus bas, puisque les revenus alloués par les producteurs et les sociétés de transformation de sucre sont réduits. Ceci contribuera à freiner les prix actuellement élevés du sucre, profitant aux pays qui dépendent des importations de sucre. Mais la fin des quotas pourrait mener à une chute dans les importations des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique qui jouissent actuellement d’un accès préférentiel au marché européen.

Les propositions de la Commission européenne sont décevantes par leur manque d’ambition. Elles manquent l’opportunité de mettre fin aux distorsions restantes sur le marché en ciblant des paiements directs plus liés à des objectifs environnementaux, et éliminant progressivement les paiements liés à la production.

Alors qu’ils étudient les plans de la Commission, les gouvernements nationaux et le Parlement européen ont désormais l’opportunité de préparer une politique agricole plus verte et plus juste – une qui produira des résultats pour les citoyens européens sans ébranler les agriculteurs étrangers. C’est une opportunité à ne pas manquer.

Par Alan Matthews, professeur émérite en politique agricole européenne au Trinity College de Dublin.

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