Une solution à deux Etats reste possible

Le transfert de l’ambassade américaine lundi 14 mai marquera officiellement la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par une poignée d’Etats alignés sur les positions du président américain Donald Trump. Soixante-dix ans jour pour jour après la proclamation de l’Etat par David Ben Gourion, ce geste hautement symbolique changera en fait peu de chose – la quasi-totalité des Etats membres de l’ONU considèrent toujours que la question doit être réglée dans un cadre négocié avec les Palestiniens – mais constitue une victoire pour Benyamin Nétanyahou.

Tandis que des dizaines de Palestiniens ont trouvé la mort depuis le début des marches organisées à la frontière avec Gaza, le « roi Bibi », détenteur du record du plus long mandat de premier ministre et perpétuellement à la recherche d’éléments lui permettant d’embellir son bilan pour faire oublier les accusations de corruption, n’a de cesse de célébrer le statut qu’Israël a acquis depuis sa création il y a soixante-dix ans. Et de fait, Israël n’est plus le nain économique, militaire et diplomatique qu’il était en 1948.

Un « front du refus » qui se résume à l’Iran

La plupart des Etats arabo-musulmans se sont résolus, certes à contrecœur, à accepter, officieusement du moins, l’existence d’Israël, devenu la principale puissance militaire du Proche-Orient. Le « front du refus » n’en est plus vraiment un puisqu’il se résume désormais à un seul pays : l’Iran. Mais la probabilité d’un conflit direct entre les deux pays paraît extrêmement faible car, compte tenu de l’isolement diplomatique puis des sanctions économiques et commerciales auxquels Téhéran fait face depuis les années 1980, les retards technologiques accumulés par l’armée iranienne sont criants dans pratiquement tous les domaines, des avions de combat aux missiles en passant par les chars et les navires de guerre ou les systèmes d’information. C’est pourquoi de nombreux experts et même de hauts responsables politiques et militaires israéliens considèrent ouvertement que l’Iran constitue certes un redoutable adversaire mais pas une menace pour l’existence d’Israël.

Au contraire de l’occupation de la Cisjordanie. En l’effet, les pères fondateurs ont permis de réaliser le « miracle » de 1948 mais n’avaient pas – ou pas pleinement – envisagé le piège que constitue l’occupation. Depuis l’origine du mouvement sioniste, il est évident pour l’écrasante majorité de la population que « l’Etat des juifs » doit être à la fois « juif et démocratique » et, de fait, Israël est très majoritairement considéré comme une démocratie et un Etat de droit, bien que les différences de traitement, voire les discriminations, à l’égard des citoyens arabes, qui représentent 20 % de la population, restent nombreuses. Mais les 2,5 millions de Palestiniens de Cisjordanie, qui devraient représenter plus de 40 % de la population en 2050 – même si des études récentes semblent montrer que la natalité palestinienne est en train de diminuer –, relèvent des autorités militaires israéliennes et sont privés de l’exercice d’un grand nombre de droits fondamentaux. Si bien que, si l’on prend en compte l’ensemble des populations qui vivent sous contrôle israélien, il devient impossible de parler de démocratie. La seule façon de préserver le caractère juif et démocratique de l’Etat d’Israël est donc de mettre fin au contrôle qu’il exerce sur la Cisjordanie, dans le cadre de la solution à deux Etats.

Une occupation contraire aux intérêts d’Israël

C’est ce que prévoit l’initiative arabe de paix proposée par l’Arabie saoudite en 2002, reprise par la Ligue arabe en 2007, relancée en 2013 et officiellement soutenue par le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Sous réserve qu’Israël se retire des territoires occupés depuis 1967, avec des rectifications de frontières mutuellement consenties, parvienne à une solution « juste et agréée au problème des réfugiés palestiniens » et accepte « la création d’un Etat palestinien indépendant et souverain en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, avec pour capitale Jérusalem-Est », les Etats arabes se sont engagés à considérer que « le conflit israélo-arabe a pris fin », à participer « à un accord de paix entre eux et Israël tout en assurant la sécurité de tous les Etats de la région » et à établir « des relations normales avec Israël dans le contexte de cette paix globale ».

Comme la solution à deux Etats, la démocratie israélienne peut encore être sauvée : la société israélienne est multiple, complexe et, en son sein, le soutien à la solution à deux Etats reste majoritaire. Surtout, beaucoup perçoivent l’occupation pour ce qu’elle est : contraire aux droits des Palestiniens, elle est aussi contraire aux valeurs et aux intérêts d’Israël.

Israël a toujours considéré qu’il lui fallait acquérir la supériorité militaire sur les Etats arabes de la région, faute de quoi ils n’accepteraient jamais son existence. Alors que cet objectif est sans conteste atteint – plus aucun d’entre eux n’envisage de déclencher une guerre –, la proposition semble s’être inversée, comme si grâce à la puissance de Tsahal, Tel-Aviv croyait ne plus avoir plus besoin d’échanger les territoires pour avoir la paix. Pourtant, sans solution pacifique au conflit qui l’oppose aux Palestiniens, Israël ne sera jamais un pays « normal », comme David Ben Gourion en avait formulé le vœu.

David Elkaïm est chercheur au Centre français de recherche sur le renseignement. Il est notamment l’auteur de « Histoire des guerres d’Israël » (Tallandier, 320 pages, 21,50 euros)

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