Une sortie du conflit syrien est aujourd’hui envisageable

On ne se lasse pas, en France, de stigmatiser la décision du président Obama de ne pas frapper le régime syrien en août 2013 après l’attaque chimique sur la Ghouta. Et, c’est un fait, ce choix a ouvert la voie à une sorte de vide stratégique assumé par Washington mais exploité ensuite avec détermination par la Russie. Vis-à-vis de la Turquie, et sans minimiser les responsabilités de M. Erdogan, l’administration Obama a multiplié les postures qui ne pouvaient qu’éloigner Ankara de ses alliés occidentaux.

L’alliance de plus en plus étroite des Américains avec les Kurdes syriens du PYD, affiliés au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), a constitué à cet égard un facteur déterminant. Vis-à-vis de l’Iran, l’administration Obama a accordé une telle priorité à l’obtention d’un accord sur le nucléaire – succès historique bien sûr – qu’il a donné aux Iraniens le sentiment d’une sorte de feu vert pour leurs menées régionales.

L’arrivée de Trump peut changer la donne

Le président Obama laisse donc à son successeur une situation dans laquelle la Russie parait maîtresse du jeu diplomatique, l’Iran a la haute main sur le terrain, les Etats sunnites du Golfe sont découragés et la Turquie a fini par conclure que c’est en se rapprochant de la Russie qu’elle a le plus de chances, pour l’instant, de sauvegarder ses intérêts. En témoigne le co-parrainage russo-turc d’un cessez-le-feu et des discussions inter-syriennes d’Astana.

Dans quelle mesure l’arrivée au pouvoir de M. Trump va-t-elle rebattre les cartes ? Nul ne peut se risquer bien entendu, compte tenu du profil de cette nouvelle administration, à hasarder un pronostic, mais c’est peut-être un changement d’attitude à l’égard de l’Iran qui pourrait avoir le plus d’impact.

Le nouveau président américain va-t-il vouloir dénoncer l’accord de Vienne ? Peu probable, disent les experts, en s’appuyant sur les déclarations au Congrès du général Mattis, nouveau secrétaire à la Défense, et du futur secrétaire d’État Rex Tillerson ? Ou rechercher une forme de renégociation ? La tentation ne sera-t-elle pas très forte à Washington de mettre cette fois la politique régionale de l’Iran dans la balance ?

Il y a lieu en tout cas de s’attendre à des pressions accrues de la part des Etats-Unis à l’égard de l’Iran, tant la méfiance à son égard est grande, que ce soit dans la nouvelle administration, au parti républicain ou au sein du Congrès. On ne peut donc exclure, dans les prochains mois, une crise majeure qui pourrait voir les alliés des Etats-Unis s’opposer à Washington sur l’accord nucléaire, et l’aile « dure » du régime iranien, dans le contexte de surcroît de l’élection présidentielle de mai 2017, saisir l’occasion d’une poussée de tensions avec les États-Unis pour prendre la main.

Pour écarter ce scénario, il serait souhaitable qu’un groupe de pays médiateurs – à commencer idéalement par les trois grands États européens, initiateurs dès 2003 de la négociation sur le nucléaire avec l’Iran – s’active pour trouver un terrain d’entente entre les principaux protagonistes. L’objectif pourrait être la consolidation du dispositif de l’accord nucléaire avec l’Iran, mais complété par un accord sur le rôle de l’Iran sur le plan régional ou plus généralement une négociation sur la sécurité régionale.

De nombreuses interrogations demeurent

C’est dans un cadre de ce type que devrait être traitée la question des milices chiites d’obédience iranienne, notamment en Syrie. Pourquoi singulariser cet élément ? Parce que les Turcs ont fait un pas significatif en direction de l’acceptation du maintien d’Assad pour un certain temps, que les puissances sunnites pourraient suivre et renoncer elles-mêmes à certaines interférences en Syrie, si en contrepartie elles obtenaient un retrait des milices chiites. Des bases solides existeraient enfin pour un véritable cessez-le-feu global entre le régime et les rebelles non-djihadistes et le retournement de tous contre Daech – objectifs affichés à la fois par la Russie, aux États-Unis et les alliés de ceux-ci.

On se gardera bien de suggérer que cela peut être fait facilement et rapidement tant les résistances seront nombreuses, bien entendu. Le régime syrien sera le premier à s’opposer à ce type de démarche. L’Iran a trop investi en Syrie (et dans la région) pour ne pas exiger des gages importants en échange de toute modification de sa posture. Il est possible, voire probable, que M. Poutine ait déjà en tête un « deal » sur d’autres bases à proposer à son nouvel homologue américain.

L’imprévisibilité dont se targue M. Trump ne facilitera pas les choses. Et l’on pourrait multiplier ainsi les motifs de scepticisme. Il demeure que, pour la première fois depuis le début du conflit, on peut entrapercevoir un alignement possible des intérêts des principaux acteurs régionaux et internationaux. Cela pourrait constituer une plate-forme d’action pour la France, en coopération avec ses partenaires européens, à commencer bien sûr par l’Allemagne.

Michel Duclos, ambassadeur de France en Syrie de 2006 à 2009 et directeur général de l’Académie diplomatique internationale.

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