Vive Cuba libre !

Castro Ier est mort une seconde fois. Mais cette fois ce sera la bonne, car son frère Castro II l’a annoncé sur un ton mélodramatique digne du plus ringard des feuilletons. Fini cette présence oppressante, mais nous nous en rendrons compte seulement quand quelque temps aura passé, des années peut-être.

Oui, car le monde s’obstine aujourd’hui à nous vendre ce ­produit périmé, ce produit de marketing inventé par Castro Ier et acheté par la planète entière : Lui et sa Révolution. Les acheteurs, bien sûr, ont confondu Castro et Cuba, et ils ont cru, ils croient encore que la « fête » avait été inventée par le tyran, et quand ils parlent de Cuba ils ne se réfèrent qu’à l’île auréolée de cette espèce de cette « fête » ridicule et tapageuse que les gauchistes du monde entier assimilent à mon pays. Non, Cuba n’est pas Castro. Castro n’a jamais compris ce qu’était Cuba.

Castro Ier est mort, et ici, en France, François Hollande se livre à une sorte de pirouette lamentable en citant encore le vilain embargo des Etats-Unis. Hollande n’est au courant de rien, il reste fidèle à son habitude de ne se rendre compte de rien. Le tyran est mort et le président trouve le plus pathétique des détours : l’embargo.

Moins qu’un embargo, un boycott commercial

Il ne faisait pas référence à l’embargo que le castrisme a imposé aux Cubains pendant cinquante-sept ans et à ses camps de concentration, les UMAP (Unités militaires d’aide à la production). Non, Hollande se réfère à l’embargo américain qui n’a jamais empêché Cuba d’être envahie pendant plus de trente ans par les Soviétiques et de commercer avec le monde occidental, notamment avec la France.

Pas plus qu’il n’explique l’origine de cet embargo, qui était moins un embargo qu’un boycott commercial. Et nous devrons en rester là. Mais Hollande n’a pas été seul à adopter cette attitude, il a suivi le cortège des éloges émis surtout par la classe politique. Il a été au diapason aussi de l’ignorance de la plupart des journalistes.

J’ai pensé que la mort de Castro me rendrait très heureuse, et que je pourrais enfin ici en France m’ouvrir en racontant la vérité sur la dictature castriste. Mais non. Je n’éprouve qu’un grand dégoût. Un immense dégoût. C’est tout. Je me contente d’archiver visages et propos, comme ceux du premier ministre canadien, Justin Trudeau [« Fidel Castro, leader plus grand que nature, a consacré près d’un demi-siècle au service du peuple cubain », a-t-il notamment ­déclaré], et tant d’autres, qui paieront un jour pour leurs offenses au peuple cubain.

Le pire des gangsters

Je me rappelle maintenant mes parents, morts en exil. Je me rappelle de tant d’hommes et de femmes exécutés massivement dans les camps, et j’évoque les écrivains, les peintres, les musiciens, exilés et morts avant d’avoir pu vivre ce grand moment de libération personnelle qu’aucun de ces lèche-bottes du Dictateur Favori ne pourra comprendre.

Mais non. Malgré tout on l’appelle ici le Grand Révolutionnaire, le Lider Maximo, alors qu’il n’a été que le pire des gangsters, le caïd, celui qui a vendu Cuba d’abord aux Soviétiques et maintenant aux Américains. L’indésirable qui a inoculé le venin du communisme à l’Afrique, qui a utilisé des armes chimiques dans des villages africains, l’inventeur de la guerre des guérillas, l’inspirateur des narco-guérillas et des terroristes de l’ETA, le trafiquant de drogue qui, protégé par la complicité internationale, a toujours su échapper à tout tribunal et à toute justice, par ses ruses séductrices d’éternel trublion.

Le Sanguinaire des Antilles

Et l’on rabâche encore à la radio qu’avant 1959 Cuba était le bordel des Américains, que la bourgeoisie avait fui l’île à l’arrivée du Grand Commandant de la Révo­lution. Des bêtises à la pelle. Cuba est maintenant le bordel du monde, surtout des Européens. Quelle insulte aux femmes cu­baines, aux travailleuses et travailleurs qui ont contribué à faire de mon pays, en 1957, l’un des plus développés du continent. Quel mensonge !

En attendant, à Cuba, le peuple fait semblant de pleurer alors qu’il jubile à l’intérieur, et à Miami les exilés de diverses générations, surtout les jeunes, font la fête alors qu’ils pleurent à l’intérieur. En France, à Paris, nous, les Cubains, nous devons supporter les mensonges répugnants des admirateurs du Sanguinaire des Antilles. Mais moi je m’y refuse, je m’y refuse toujours. J’ai suspendu mon drapeau cubain au balcon et, ma fille à côté de moi, j’ai crié de toutes mes forces : « Vive Cuba Libre ! »

Zoé Valdès, romancière cubaine exilée en France. Il est, entre autres, l’auteure de La Habana, mon amour (Stella Maris, 176 p. 19 €). Traduit de l’espagnol par Albert Bensoussan.

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