Voter pour une sortie de l’Union européenne, c’est quitter une structure politique périmée

Soyons clair sur ce que signifie voter en faveur du « Brexit ». Le 23 juin, nous n’aurons pas cessé d’être Européens. Les îles Britanniques feront toujours partie du plateau continental européen et, aussi épais que soit le brouillard sur la Manche, l’Eurostar continuera de circuler. Les étudiants britanniques participeront au programme d’échange Erasmus, de même qu’Erasme échangeait à son époque avec nos penseurs sans avoir besoin de l’Union européenne (UE).

Voter « Leave », pour une sortie de l’UE, c’est quitter une structure politique créée au siècle dernier. Un projet qui était noble et respectable en 1957, mais qui est aujourd’hui périmé. Une entreprise qui est parvenue à construire une machine supranationale, mais ne s’est pas aperçue que le monde avait changé.

Le XXe siècle était l’époque des grands blocs commerciaux, l’époque où l’Europe pensait devoir réagir à l’essor des Etats-Unis et de l’Union soviétique (URSS). Les techniques industrielles ont favorisé les économies d’échelle qui, à leur tour, ont favorisé des marchés possédant des normes et des goûts semblables.

Un monde nouveau

Le monde est tout autre à présent. Avec les technologies et les communications, les produits se sont diversifiés, les goûts des consommateurs se sont différenciés et les marchés sont devenus de moins en moins tributaires de la géographie, puisque le commerce et les relations se font sur Internet.

Le changement fait désormais partie de la vie moderne et les entreprises qui réussissent sont celles qui innovent et font appel à de nouvelles compétences. Nous vivons dans un monde moderne connecté où la réglementation doit être souple et l’Etat, ouvert, flexible, inclusif et comptable de ses actes.

C’est un monde qui n’est pas adapté aux grosses administrations. Des structures politiques telles que l’UE – centralisées, opaques et gérées par une clique de fonctionnaires et de membres des élites – n’ont aucune chance de réussite.

De même que les tensions des années 1980 ont été fatales à l’URSS, l’UE avance péniblement d’une crise mal gérée à la suivante. La zone euro est devenue une catastrophe d’une ampleur faramineuse, avec un taux de chômage des jeunes à plus de 20 % de la population active et même à 45 % ou 50 % en Espagne et en Grèce.

L’UE n’a aucune solution à apporter à la crise migratoire, qui est pourtant une conséquence prévisible d’une zone de libre circulation sans protection à ses frontières extérieures. Cette vieille Europe a ses meilleurs jours derrière elle et ne veut pas admettre qu’elle crée désormais plus de problèmes qu’elle n’en résout.

Les pays d’Europe doivent trouver une autre solution. Pour les membres de la zone euro, celle-ci peut consister à accélérer la marche vers une politique budgétaire commune et une union politique qui déboucherait à terme sur des Etats-Unis d’Europe. Cela pourrait être une bonne chose pour eux, mais pas pour nous.

Une zone euro défaillante

Le Royaume-Uni a aujourd’hui la possibilité de choisir. Nous avons toujours été une nation marchande tournée vers l’extérieur. Que nous restions ou pas dans l’UE, la croissance de nos échanges commerciaux viendra d’ailleurs que de l’Europe. Nous sommes la cinquième économie mondiale et nous accusons un important déficit commercial avec l’UE.

Le marché unique voit reculer sa part dans l’économie mondiale, de même que dans nos exportations totales, qui augmentent vers le reste du monde. L’ancien président de la Commission européenne, Jacques Delors a lui-même admis, en 2012, la possibilité que le Royaume-Uni puisse sortir de l’UE et nouer un accord de libre-échange car, de son point de vue, ce pays est « stratégique et économiquement important » pour l’UE.

Les îles Britanniques ont depuis toujours été ouvertes aux migrations et elles en ont bénéficié. Cette histoire est aujourd’hui mise à mal par l’afflux massif de jeunes Européens en provenance des pays de l’élargissement, par une zone euro défaillante, mais aussi par le fait qu’on ne juge plus bon de nous demander notre accord.

Je trouve insensé que la gauche ne voie pas de problème à ce que nous demandions aux jeunes d’autres pays de venir chez nous occuper des emplois peu rémunérés, alors que nous ne donnons pas aux jeunes de nos villes la possibilité de trouver un premier emploi et de se former. Cela fait peut-être l’affaire des élites cosmopolites et des multinationales mais, sur le long terme, c’est mauvais pour les jeunes travailleurs britanniques, et mauvais pour notre économie et celle des pays européens.

Reprendre notre destin en main

L’UE doit réparer les dégâts qu’elle a créés dans la zone euro et dans l’espace de libre circulation et abandonner les institutions et les habitudes du passé. Tant qu’elle ne l’aura pas fait, elle restera prisonnière de son obsession d’une union toujours plus étroite fondée sur un modèle conçu pour une vieille Europe qui a pris fin avec l’avènement du XXIe siècle.

Nous avons toujours été et nous sommes toujours Européens, mais nous considérons que les institutions politiques de l’Europe sont bloquées dans le passé et irréformables. Après l’effondrement de l’URSS, la priorité pour les pays d’Europe centrale et orientale a été d’adhérer à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Ce n’est qu’ensuite, et faute d’autre modèle commercial, qu’ils ont cherché à entrer dans l’UE.

En votant « Leave », le 23 juin, et en reprenant notre destin en main, nous serons les premiers à montrer qu’il existe un autre mode de relation possible entre les pays d’Europe, un mode plus participatif et entrepreneurial. Certains auront une monnaie unique et iront vers plus d’intégration politique. D’autres continueront de coopérer et de commercer entre eux, tout en gardant la haute main sur leurs textes de loi.

Je voterai « Leave » le 23 juin parce que je veux que notre pays soit un acteur majeur sur la scène internationale, que ce soit à l’OTAN, aux Nations unies ou à l’Organisation mondiale du commerce. En revanche, je ne suis pas disposée à donner une caution démocratique à une institution qui s’est montrée incapable de s’adapter au monde moderne, qui trahit toute une génération de jeunes et qui répète les mêmes erreurs à chaque nouvelle crise.

Gisela Stuart, députée travailliste, présidente de la campagne « Vote Leave » en faveur d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Traduit de l’anglais par Juliette Kopecka.

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