87% des catastrophes climatiques ont un lien avec le réchauffement de la planète

Près de 7 000 morts. 102 millions de personnes touchées. 110 milliards de dégâts. Voici le bilan humain et financier des catastrophes naturelles en 2014. On est certes loin de 2010, avec 300 000 morts provoqués par les tsunamis et les tremblements de terre, ou même de 2013 où le seul typhon Haiyan avait provoqué la mort de plus de 6 500 personnes.

Nous les appelons catastrophes «naturelles» comme si c’était une fatalité, mais les dernières données du bureau des Nations unies pour la réduction des risques montrent qu’en 2014, 87% des catastrophes climatiques avaient un lien avec le réchauffement de la planète. Ce sont donc bien nos actions, notre pollution, notre déstabilisation du système climatique qui sont à l’origine du chaos dans lequel se retrouvent plongés les pays les plus vulnérables. Leurs habitants y sont exposés aux ouragans, à la montée des océans ou encore aux pluies diluviennes qui provoquent des inondations. Et que ce soit aux Philippines, face aux victimes des typhons, dans les petites îles du Pacifique, plus fragilisées que jamais face aux tsunamis à cause de la montée des eaux, ou encore en Amérique, ou en Afrique, qui connaît son lot de catastrophes naturelles, le verdict est sans appel : ce sont toujours les plus pauvres qui sont en première ligne.

Ces catastrophes sonnent comme un avertissement, une bande-annonce macabre de ce à quoi ressemblerait le monde si nous ne réussissons pas, nous, habitants de cette planète, à trouver des solutions à Paris en décembre en concluant un accord international sur le climat. Cet accord, pour éviter le pire, doit permettre de limiter la hausse des températures à 2 °C. Car au-delà de 2 °C, tempêtes, cyclones, canicules deviendront encore plus fréquents, encore plus violents, encore plus dévastateurs. Nous avons aujourd’hui une certitude, c’est que personne n’est à l’abri. Tout le monde a en mémoire les victimes de Katrina et de Sandy, et les rues dévastées à New York et à la Nouvelle Orléans. La France n’est pas immunisée : que ce soit sur son territoire métropolitain ou, surtout, dans ses outre-mers, de plus en plus de nos compatriotes subissent la recrudescence des cyclones et la hausse du niveau des mers.

Cette exposition au risque, nous devons l’anticiper. Grâce au savoir-faire de Météo France, à l’engagement des élus nationaux et locaux, aux médias, nous nous équipons de dispositifs visant à éviter les pertes humaines et économiques, nous avons tiré des leçons des tempêtes de 1999 ou de Xynthia en 2010. Si le risque zéro n’existe pas, nous sommes aujourd’hui mieux préparés, parce que mieux informés. Et face aux risques climatiques, prévoir, anticiper, c’est le meilleur moyen d’éviter les dégâts.

Notre expertise, mais aussi celle du Japon ou des Etats-Unis, nous oblige à la solidarité. Elle doit servir à tous ceux qui vivent «les pieds dans l’eau» ou dans l’angoisse de la catastrophe. Des systèmes d’alerte existent déjà pour avertir les populations. Mais ils doivent être affinés, étendus, adaptés. Il faut que chaque habitant des zones vulnérables puisse bénéficier d’ici 2020 d’une information précise en temps réel, par la téléphonie ou les médias traditionnels, qui lui permette de savoir quel territoire précis sera touché, et où se mettre à l’abri.

A Sendai, au Japon, s’est tenue le week-end dernier une conférence mondiale sur la réduction des risques de catastrophes. Je m’y suis rendue avec Laurent Fabius et nous avons discuté avec nos partenaires de la mise en place rapide de systèmes d’alerte simples, efficaces et peu coûteux.

La solidarité climatique n’est pas une simple option. Ce doit être l’un des piliers de l’accord de Paris. Nous devons apporter des réponses concrètes et immédiates aux plus vulnérables au dérèglement climatique. C’est notre responsabilité.

Annick Girardin, Secrétaire d’État au Développement et à la Francophonie.


Bruno Tertrais, Maître de recherche, Fondation pour la recherche stratégique (FRS), lui répond : Ne cédons pas au catastrophisme climatique.

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